Contribution de Philippe :
Interview de Bernard Bouchez, magistrat, membre du service central de prévention de la corruption qui dépend du ministère de la Justice. Interview du journal "La Provence".

Magistrat, Bernard Bouchez est membre du service central de prévention de la corruption qui dépend du ministère de la Justice. Il est régulièrement saisi d’affaires concernant la gestion de l’eau.

La Provence - Que constatez-vous à la lueur des dossiers qui vous parviennent?
Bernard Bouchez: "Nous sommes abreuvés d'informations qui nous laissent penser que ces problèmes de surfacturation peuvent couvrir des abus de biens sociaux voire des d&lits de corruption. Lors d'un récent congrés organisé par la faculté de Droit de Toulouse, on faisait remarquer que les délégations sont toujours déficitaires tandis que les comptes consolidés des maisons mères présentent un fort excédent. On peut s'en étonner. Le marché est aujourd'hui partagé entre trois prestataires qui ont chacun leur zone. Comment se fait-il qu'il y ait aussi peu de transferts? Et pourquoi, quand une zone n'est pas attribuée voit-on généralement se constituer une nouvelle société émanation de deux grands groupes?"

L.P - Les comptes des collectivités sont tout de même contrôlés...
B.B: " La chambre régionale des comptes peut vérifier les comptes d'une délégation, mais uniquement de cette délégation. Or, ces grands groupes interviennent dans d'autres secteurs et ont d'autres délégations. Pour savoir si les comptes sont exacts, s'il n'y a pas double emploi - exemple, le salaire d'une seule et même personne facturé deux fois- il faudrait pouvoir examiner tous les contrats et tous les comptes de la société mère. Vivendi c'est 2000 entreprises, la Lyonnaise 1 300, un véritable maquis financier!"

L.P - La loi Sapin n'a -t-elle pas permis d'assainir la situation?
B.B: "Depuis 1993, les délégations de service public sont encadrées. Jusque-là, la plus grande corruption pouvait s'installer. Le sachant, la plupart des grands groupes ont fait renouveler leurs contrats de manière anticipée. Le tort des maires, est d'avoir abandonné la gestion directe pour épargner les impôts locaux. En réalité il faut y ajouter les factures d'eau. Le mensonge politique n'est pas puni!"

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